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Le Ministre des Affaires Etrangères
au Comte de Flahault, ambassadeur de France à Londres.
Paris, 11 octobre 1861

Monsieur le Comte, M. l'ambassadeur d'Angleterre est venu m'entretenir des affaires du Mexique et des moyens de combiner l'action de nos deux Gouvernements pour atteindre le but commun que nous nous proposons. Le Gouvernement de la Reine, m'a dit lord Cowley, est prêt à signer avec la France et avec l'Espagne une convention à l'effet d'obtenir la réparations des torts commis envers les sujets des trois pays et d'assurer l'exécution des engagements contractés par le Mexique vis-à-vis des Gouvernements respectifs, pourvu qu'il soit déclaré dans cette convention que les forces des trois puissances ne seront employées à aucun objet ultérieur quelconque, et surtout qu'elles n'interviendront pas dans le gouvernement intérieur du Mexique. Le cabinet de Londres propose d'inviter les Etats-Unis à adhérer à cette convention, sans toutefois attendre une réponse pour commencer les opérations actives.
J'ai répondu à M. l'ambassadeur d'Angleterre que j'étais complètement d'accord avec son Gouvernement sur un point ; que je reconnaissais, comme lord Russell, que le légitimité de notre action coercitive à l'égard du Mexique ne résultait évidemment que de nos griefs contre le Gouvernement de ce pays, et que ces griefs, ainsi que les moyens de les redresser et d'en prévenir le retour, pouvaient seuls, en effet, faire l'objet d'une convention ostensible. J'admettais également, sans aucune difficulté, que les Parties contractantes pourraient s'engager à ne retirer de leur démonstration aucun avantage politique ou commercial à l'exclusion les unes des autres et même de toute autre Puissance, mais qu'il me semblait inutile d'aller au delà et de s'interdire à l'avance l'exercice éventuel d'une participation légitime dans des événements dont nos opérations pourraient être l'origine. Pas plus que le Gouvernement de la Reine, celui de l'Empereur ne veut assumer la responsabilié d'une intervention directe dans les affaires intérieures du Mexique, mais il pense qu'il est de la prudence des deux cabinets de ne pas décourager les efforts qui pourraient être tentés par le pays lui-même pour sortir de l'état d'anarchie où il est plongé, en lui faisant connaître qu'il n'a à attendre en aucune circonstance aucun appui et aucun concours. L'intérêt commun de la France et de l'Angleterre est évidemment de voir s'établir au Mexique un état de choses qui assure la sécurité des intérêts déjà existants et qui favorise le développement de nos échanges avec l'un des pays du monde les plus richement doués. Les événements dont les Etats-Unis sont en ce moment le théâtre donnent à ces considérations une importance nouvelle et plus urgente. Il est permis de supposer, en effet, que, si l'issue de la crise américaine consacrait la séparation définitive du Nord et du Sud, les deux nouvelles Confédérations chercheraient l'une et l'autre des compensations que le territoire du Mexique, livré à une dissolution sociale, offrirait à leurs compétitions. Un semblable événement ne saurait être indifférent à l'Abgleterre, et le principal obstacle qui pourrait, selon nous, en prévenir l'accomplissement serait la constitution au Mexique d'un gouvernement réparateur assez fort pour arrêter sa dissolution intérieure. Que les éléments d'un semblable gouvernement existent au Mexique, c'est ce que nous ne saurions certainement assurer. Mais l'intérêt qui s'attache pour nous à la régénération de ce pays, ne permet, ce nous semble, de négliger aucun des symptômes qui pourraient faire espérer le succès d'une pareille tentative. A l'égard de la forme de ce gouvernement, pourvu qu'il donnât au pays et à nous-mêmes des garanties suffisantes, nous n'avions et je ne supposais à l'Angleterre, aucune préférence ni aucun parti pris. Mais si les Mexicains eux-mêmes, las de leurs épreuves, décidés à réagir contre un passé désastreux, puisaient dans le sentiment des dangers qui les menacent une vitalité nouvelle ; si, revenant par exemple aux instincts de leur race, ils trouvaient bon de chercher dans un établissement monarchique le repos et la prospérité qu'ils n'ont pas rencontrés dans les institutions républicaines, je ne pensais pas que nous dussions nous interdire absolument de les aider, s'il y avait lieu, dans l'oeuvre de leur régénération tout en reconnaissant que nous devions les laisser entièrement libres de choisir la voie qui leur paraîtrait la meilleure pour les y conduire.
Poursuivant le développement de ces idées dans la forme d'une conversation intime et confiante, j'ai ajouté que, dans le cas où la prévision que j'indiquais viendrait à se réaliser, le Gouvernement de l'Empereur, dégagé de toute préoccupation intéressée, écartait d'avance toute candidature d'un prince quelconque de la Famille Impériale, et que, désireux de ménager toutes les susceptibilités, il verrait avec plaisir le choix des Mexicains et l'assentiment des Puissances se porter sur un prince de la maison d'Autriche.
Pour revenir au point de départ de cet entretien, et pour le résumer, j'ai dit enfin que la convention projetée devait, selon moi, indiquer le but de l'entente des parties contractantes et les moyens combinés pour l'atteindre, dire, en un mot, tout ce que nous ferions ; mais qu'il me paraissait conforme à la fois à la prudence et à l'usage de s'abstenir de dire ce que nous ne ferions pas dans l'hypothèses d'événements incertains et auxquels il serait temps d'aviser quand ils se produiraient.
Telle est, Monsieur le Comte, la substance de la conversation que j'ai eue avec M. l'ambassadeur d'Angleterre, et dont il rendra compte à son Gouvernement. Je me plais à espérer que le cabinet de Londres voudra bien examiner avec attention des considérations qui m'ont été inspirées par la communauté de nos intérêts au Mexique, et que la franchise de nos relations me faisait un devoir de lui faire connaître.
Signé Thouvenel


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